
Question d’humilité : je pose du sel de l’Himalaya sur ma table pour me souvenir qui je suis. Sa couleur attire l’œil, oui, et c’est chic. Mais qu’importe. Le sel de l’Himalaya, c’est surtout dire que là où se dressent les plus hautes montagnes, il y a eu des océans et des tempêtes. C’est signifier l’importance relative de nos petits soucis du quotidien. Pas que le sel de l’Himalaya soit meilleur que les autres. Non, il a peu ou prou le même goût et je mets au défi quiconque penserait pouvoir faire la différence avec celui de Guérande dans un bouillon de légumes. Non, le sel de l’Himalaya, c’est la vacuité de nos existences qui s’invite à table. Nous sommes si peu de choses lorsqu’on regarde la salière et l’immensité du temps qu’il a fallu pour creuser un océan devenu montagne et, à des milliers de kilomètres de là, passer la salière à son âme sœur qui trouve que le gratin manque un peu de goût. Lui rappeler, s’il se prend à faire des reproches sur la cuisine, qu’on est peu de choses, vraiment.