Il y aura toujours au bord d’une route un corbeau picorant, l’air de rien, les viscères d’un faon percuté nuitamment. Un corbeau savourant les membranes encore tièdes d’un faon, tout en surveillant les mouvements les plus anodins. Quoi ? Ce pourrait être un renard. Un cousin aux plumes noires qui voudrait prendre sa part. Pire, un homme armé d’une bêche qui envisagerait d’enterrer son forfait. Quel gâchis. Laissez donc la nature faire sa ronde et les vivants se repaître des morts en son cercle infini. Le corbeau, un jour aussi, abandonnera la partie et ce sera son tour de servir de repas. Dans le froid, la carcasse écrasée fume encore, un peu. S’en nourrir avant le gel, avant le jour, avant la puanteur et les mouches, une question de survie. Sûr le bord de la route, un drame qui se joue. Manger, être mangé. Refroidi. Allongé. Rester celui dont le cœur bat, coûte que coûte. Le corbeau picore. Dans son bec, un œil qui semble regarder pour la dernière fois le bitume. L’oeil ne sera jamais qu’un globe vitreux, vide, et bientôt gobé, la tête de l’oiseau renversée en arrière.